Hamilton

Le flou hamiltonien fait sourire ou peur aujourd’hui mais je donne à cet effet de halo une signification simple : en nimbant l’image d’imprécision il traduit la nébulosité de certains souvenirs. Ai-je vraiment vécu ces instants ? Le brouillard de la mémoire ressemble à un pont suspendu qui mène à l’onirique. En chemin, le roulis a amplifié les émotions et l’authenticité n’importe plus. On baigne littéralement dans ce flou comme dans un nid de coton humide où s’enracinent les pensées proliférantes.

Mutation

Je suis un monstre. Mes mots naissent d’intentions sans cesse différentes et prennent des apparences toujours plus effrayantes.

Il faut vivre avec ce monstre. L’apprivoiser, circonscrire le périmètre à l’intérieur duquel il vivra. Tout à la fois vif et domestique, dangereux et attirant, je prends garde de le nourrir sans excès.

Magichien

Je me souviens. Ravagé par la magie, tiens. Sensible, la splendeur de notre entente et les lances du soleil de septembre.

Tin can

Il pose la main droite sur sa hanche. Cuisse contre cuisse, les amants marchent de concert. Le chemin s’ouvre devant eux. Les mots échangés, les corps attachés, le charme du spectacle végétal et les pensées licencieuses nourrissent leur présence. Une capsule les transporte, le plaisir pour seule destination. Il faudra s’extirper pour en sortir.

Tension

Ses seins poussent le tissu qui les serre. Chaque inspiration enchâsse la chair claire dans les bonnets sombres et provoque un insolent rebond. Alors que leurs regards se rencontrent – elle a vu qu’il examinait le galbe – il lit tout l’abandon auquel aspire l’alanguie…

Marrons d’Inde

Les marronniers de septembre commençaient à nous jeter leurs étranges tiges à la base évasée. Nous les ramassions et les rangions en faisceaux denses. Ces fagots comblaient un bref instant le vide laissé par la fin des grandes vacances. Déjà un spleen automnal s’installait, parfumé par l’odeur des bogues hérissées de pointes factices.

Cette obsession cumulative, nous la satisfaisions aussi en réunissant les graines que libéraient les bogues. Les marrons de l’année luisaient comme si un Éternel acharné les avaient frénétiquement lustrés. Nous cherchions ces joyaux végétaux au milieu de l’herbe rare et de la litière odorante. La collection distendait le coton de nos tee-shirts changés en gibecières de fortune. Quand nous ne trouvions plus de perles, venait le temps de jouer à l’alchimiste.

Pour ne perdre aucune graine brune, ronde et rassurante, nous nous asseyions à califourchon sur un des bancs rugueux de l’aire de jeux. Là, concentrés, les techniciens insensés tiraient sur le tissu pour faire rouler doucement la précieuse matière première vers le plan de travail. Alors au risque de faire saigner leurs phalanges, les travailleurs attentifs et déterminés s’emparaient des marrons d’Inde et les frottaient sur le béton grenu jusqu’à ce que la graine coriace se transforme en une pâte tendre.

Lorsque tombait le soir et qu’appelés par nos aînés depuis les balcons, nous rentrions chez nous, notre œuvre vaine restait là, abandonnée à la solitude nocturne, graffiti organique trace d’une étrange activité rituelle…

Pute en lutte

Que celui qui n’a jamais confondu le corps social avec le sien et investi ses chairs de l’angoissante injustice jette le premier pavé !

Et puis l’eau

Il se penche en appui sur la margelle. Le ventre creusé, les poumons pleins, il retient l’air en lui et contemple le vide. Peu à peu les pupilles se dilatent. Au parfum minéral humide se joint graduellement le spectacle tant attendu : un disque sombre dont la surface se plisse sous l’impact des petites pierres que fait chuter son geste. Il reviendra vérifier.

Haikul

Pas d’artifice juste tes fesses offertes au ciel et à mon foutre.

Joie

Que mes syllabes te sautent au cou ! Au détour d’une ligne, retrouver ton regard, me laisser pénétrer du plaisir de te plaire. Danser du bout des lèvres un tango déglingué et poser, encore, mes rimes sur tes hanches…