Marrons d’Inde

Les marronniers de septembre commençaient à nous jeter leurs étranges tiges à la base évasée. Nous les ramassions et les rangions en faisceaux denses. Ces fagots comblaient un bref instant le vide laissé par la fin des grandes vacances. Déjà un spleen automnal s’installait, parfumé par l’odeur des bogues hérissées de pointes factices.

Cette obsession cumulative, nous la satisfaisions aussi en réunissant les graines que libéraient les bogues. Les marrons de l’année luisaient comme si un Éternel acharné les avaient frénétiquement lustrés. Nous cherchions ces joyaux végétaux au milieu de l’herbe rare et de la litière odorante. La collection distendait le coton de nos tee-shirts changés en gibecières de fortune. Quand nous ne trouvions plus de perles, venait le temps de jouer à l’alchimiste.

Pour ne perdre aucune graine brune, ronde et rassurante, nous nous asseyions à califourchon sur un des bancs rugueux de l’aire de jeux. Là, concentrés, les techniciens insensés tiraient sur le tissu pour faire rouler doucement la précieuse matière première vers le plan de travail. Alors au risque de faire saigner leurs phalanges, les travailleurs attentifs et déterminés s’emparaient des marrons d’Inde et les frottaient sur le béton grenu jusqu’à ce que la graine coriace se transforme en une pâte tendre.

Lorsque tombait le soir et qu’appelés par nos aînés depuis les balcons, nous rentrions chez nous, notre œuvre vaine restait là, abandonnée à la solitude nocturne, graffiti organique trace d’une étrange activité rituelle…

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