Liés #1

Il la regarde dormir. Elle est couchée sur le flanc droit, en appui sur le genou de la jambe gauche repliée. Un filet d’air à peine audible s’échappe de ses narines, comme la brise de juin effleure le chemin de crête d’une chaîne aux cimes douces : tête, épaule et hanche culminent sereinement.

La courbure noire de ses cils réunis signe la frontière au-delà de laquelle règnent les rêves. Alors qu’il s’interroge sur contenu de ses rêves, Étienne sent monter en lui une menace pour la paix. Des flashs construisent un décor discontinu d’où surgit le scintillement argenté de chaînes qu’on manipule.

Une expiration plus profonde d’Héloïse rappelle aussitôt Étienne à son observation attentive. Il lui semble qu’un frisson parcourt l’échine souple de sa femme. Il saisit le drap prisonnier des chevilles d’Héloïse et le fait glisser jusqu’au creux de ses reins, pensant ainsi faire fuir le froid. Dans une coordination de gestes nerveux, les yeux toujours clos, elle balaye le coton, s’allonge sur le ventre, se cambre violemment et laisse échapper un gémissement bref… La cause du frisson n’est pas la fraîcheur du soir. Alors que sa superbe croupe dorée par le soleil s’offre à son regard amoureux, Étienne se demande encore quels sont les songes qui s’animent derrière les paupières, quelles images s’y projettent.


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