Liés #50

Il se souvient d’avoir dit alors que les deux couples étaient déjà quasi nus et que son sexe ne montrait pas le début du commencement d’une érection, j’apprends à faire l’amour sans pouvoir. À ce moment là ses mots désignaient une pratique amoureuse déviante où il est question d’abus qui conduit à la jouissance. Il se blâmait publiquement donc. Quelques jours après, les mots prennent un tout autre sens. D’abord littéralement ils signifiaient faire l’amour sans pouvoir faire l’amour. Mais il comprend aujourd’hui aussi : faire l’amour en ayant laissé le pouvoir à Héloïse. Deux choses découlent de ces interprétations : d’une part il n’a pas abusé du pouvoir par le passé. Il a fait l’amour en ayant le pouvoir, et, d’autre part, laisser le pouvoir n’est pas synonyme de perdre le pouvoir. C’est tout de même une chose troublante de faire l’amour sans jouir…

Liés #49

Curieusement, sur le mur, le projecteur dessine les silhouettes au fusain. Il appuie fort et s’applique à en remplir l’intérieur. Il croque chaque geste avec urgence. Dans sa main le charbon fume encore. L’odeur du bois brûlé pénètre les narines. Consumées par la flamme du désir, charbonnées, les âmes heureuses dansent avec eux.

Liés #48

Leur corps se dédouble. D’abord violemment éclaboussé par la pluie de photons que maquille le filtre rouge du projecteur, il se détache au premier plan, peaux et textiles ne se distinguant plus que par leur texture, coton, laine, mousseline et dentelle. A chaque coup de grosse caisse, le tableau change, une hanche lancée à droite, une échine cambrée à gauche, un bras dressé, une jambe jetée. Le rythme et la lumière les plongent dans un bain chaud où chacun oublie la solitude. Gainés d’un enthousiasme euphorique les regards glissent d’un corps à l’autre, s’attardant aussi sur celui de leur propriétaire dans un élan de dissociation narcissique. Ce soir je suis – j’ai le droit d’être – beau. Au second plan se joue un spectacle auquel assistent les mêmes yeux. Sur le mur, rougi lui aussi, les ombres portées semblent vouloir concurrencer les efforts musculaires pour coller au tempo. Le combat est inégal tant les spectres cultivent la légèreté et la facilité. La jambe toujours plus haut, la mesure battue avec toujours plus de vigueur sans qu’une seule goutte de sueur ne trahisse un quelconque effort. Désincarnés. Ce soir chacun danse aussi avec les esprits. Celui des autres et le sien.

Liés #47

Elle est assise cambrée sur le bord du canapé, la robe remontée sur les hanches par les deux garçons lui permet d’ouvrir largement les jambes juchées sur de fins talons qui bombent son coup de pied. Le bandeau rouge bride encore sa vue et amplifie les perceptions du toucher et de l’ouïe. Tandis que son mari embrasse son cou et profite de sa position indécente pour écarter la culotte et commencer une danse digitale sur sa fente moite, elle ferme les phalanges de la main droite autour de la queue dressée de l’amant et tend simultanément la nuque pour poser les lèvres humectées de salive sur le gland gonflé. Le jeune homme laisse échapper un râle qui s’éteint dans un simple souffle. Confiée aux soins experts de la splendide salope, sa virilité témoigne du plaisir par une extrême tension. Cette bite est une antenne. Émetteur récepteur hyperactif, elle transmet les sensations sans délai. Chaque coup de langue, chaque pression de la pulpe des doigts sur la chair sensible impacte le cerveau avec une délicieuse violence. Acupuncture du cortex. Alors quand elle s’empare vigoureusement de la base du chibre pour l’enfoncer centimètre après centimètre dans la bouche, tient la pose quelques secondes et fait coulisser l’engin jusqu’au renflement de la muqueuse qu’elle inonde de salive et serre entre ses lèvres pour la pomper sans pitié, la pièce se remplit du cri d’extase de l’amant transporté…

Liés #46

Chacun se montre maintenant engagé dans un rôle à sa mesure : le cocu généreux, l’amant ébahi et la divine salope qui d’offerte entravée se révèle délicieusement active dès que son mari lui libère les mains.

De l’apex, Étienne souligne le contour de la bouche d’Héloïse dont les mains aveugles s’escriment avec la ceinture et la braguette de Thierry jusqu’à ce que surgisse entre les fébriles doigts féminins la fière courbure turgescente du jeune mâle excité.

Liés #45

Regarde comme elle s’offre ! Touche-la, explore sa chatte de petite salope, tu verras comme elle mouille pour toi lance Etienne à Thierry en écartant délicatement le voile peu pudique. Juteux fruit brun, les belles lèvres s’écartent sous les phalanges de l’amant qui souffle sa satisfaction : Putain, oui, elle est trempée !

Étienne voit le majeur de Thierry s’enfoncer progressivement, profondément, et il sait quelle extraordinaire émotion provoque la perception de cette mouille presque grasse si caractéristique du haut degré d’excitation de sa femme. Il sait aussi qu’à l’instant où Thierry y trempe le doigt, il devient cet homme qui, après des jours d’une marche harassante sous un soleil de plomb à travers l’enfer minéral du désert, plonge le visage dans l’eau claire et fraîche d’une oasis enchanteresse.

Liés #44

  • Bonjour Thierry. Bienvenue. Héloïse est là. Elle s’est préparée pour toi, elle t’attend les yeux bandés et les mains liées dans le dos.

Le jeune amant a répondu présent pour transformer l’essai du virtuel au réel. Malgré sa jeunesse, il ne montre aucune hésitation lorsqu’Etienne l’invite à découvrir le spectacle en remontant l’étoffe noire. L’absolue légèreté du tissu surprend les mains des hommes en flottant plus que glissant sur le nylon. Centimètre après centimètre les fines cuisses voilées s’offrent aux doigts et à l’oeil gourmands des deux mâles. La fluidité soyeuse effleure déjà la peau mate du haut des cuisses d’Héloïse et la mousseline à peine opaque d’une culotte fait une apparition remarquée alors que se croisent les bouches ouvertes. Sous les dessous, les grandes lèvres d’Héloïse semblent gonflées comme si elles retenaient un abondant nectar qui ne demande – jouissive libération- qu’à couler.

Liés #43

Entre les mains d’Héloïse, L’amant virtuel fait scintiller l’écran du smartphone. Il s’enquiert des dernières aventures du couple. Etienne sort à peine de quelques jours de maladie sans gravité. Il retrouve des sensations gommées par l’état inflammatoire. Les parfums du corps de sa femme agissent comme une trace de cocaïne et tandis qu’elle détaille du bout des doigts la façon dont leur dernière rencontre a remonté sa robe fluide, Étienne plonge sous la couette, la tête entre les cuisses ouvertes de cette dévergondée. A peine immisce-t-il sa langue entre les petites lèvres dont il lèche le sillon jusqu’au clitoris que le goût frappe son cerveau d’un crochet sensoriel imparable. Sa queue s’érige en étendard du désir. À l’autre bout du cellulaire, l’amant bande aussi…

Liés #42

L’aube des premiers matins d’octobre mêle la splendeur des beaux jours à l’idée que rien ne dure toujours. Fragile beauté des choses qu’on sait devoir disparaître. Blotti contre le corps chaud d’Héloïse, Étienne est heureux de ne pas attendre que lui manque cette présence, de l’éprouver hic et nunc avant que, d’une manière ou d’une autre – des mots de trop, un accident de la route ou un bombardement- les corps ne soient séparés.

Liés #41

Sortir de l’euphorie sexuelle ou questionner celle de l’alcool conduit Etienne à dissocier plaisir et bonheur. L’un n’exclut pourtant pas l’autre, songe-t-il et le voilà qui fouille le champ des possibles de la soirée. Il imagine Héloïse apparaître alors que les deux hommes conversent avec complicité. Un claquement de talons l’annonce. Elle sourit, légère dans l’éphémère tandis que les têtes se tournent et les regards se fixent. L’étoffe fluide qui la couvre semble déjà parcourue d’un frisson sous la caresse des yeux chargés d’un désir dur.

-Voila, je te présente la délicieuse petite salope dont nous avons parlé !…